by Oscar Pirlot
Abstract: Since the early 2000s, renewable energy has been booming. In the context of the climate emergency, the European Union has made it a priority; for promoters, it’s a real windfall. As a result, the market is attracting a myriad of private players drawn by tempting profitability and generous subsidies. And everyone wants a piece of the pie.
But this growth has its dark sides: developers operate in a labyrinthine sector, growing at a frantic pace, where complexity clouds transparency… and opens up gaps. In other European countries, these gaps have already been exploited by criminal networks.
So, what’s the situation in Belgium? The Walloon market, theoretically well-monitored and protected, is not immune to attempts of infiltration. Authorities, systematically lacking resources, are often more reactive than proactive. And risks – of money laundering, fraud, and corruption – emerge wherever vigilance weakens.
An investigation into a flourishing, lucrative… and highly coveted market.
[The article is published in its original language, however the S-INFO website is a multilingual platform: click on the button at the bottom-left of your screen to read the story in Dutch, Italian, Maltese or Romanian. Find the English version here.]
Depuis le début des années 2000, les énergies renouvelables sont en plein emballement. Dans un contexte d’urgence climatique, l’Union européenne en a fait un devoir ; les promoteurs, une véritable aubaine. De fait, le marché attire un myriade d’acteurs privés, attirés par une rentabilité alléchante et de généreuses subventions. Et tout le monde veut sa part du gâteau.
Mais l’essor a ses zones d’ombre : les développeurs évoluent dans un secteur-labyrinthe, en croissance frénétique, dont la complexité chiffonne la transparence… et ouvre des brèches. Et dans d’autres pays européens, ces brèches ont déjà été exploitées par des réseaux criminels.
Alors, qu’en est-il en Belgique ? Le marché wallon, théoriquement bien surveillé, protégé, n’est pourtant pas imperméable aux tentatives d’infiltration. Les autorités, en manque systémique de moyens, sont souvent plus réactives que proactives. Et les risques – de blanchiment, de fraude, de corruption – s’invitent là où faiblit la vigilance.
Enquête sur un marché florissant, lucratif… et convoité.

Le “Seigneur du vent” a rendu son dernier souffle à l’été 2024. Vito Nicastri, ancien électricien devenu le baron du développement éolien en Sicile, a emporté avec lui une partie des secrets de son ascension fulgurante. Le reste, les autorités italiennes l’ont compris depuis longtemps : Nicastri n’était pas seulement un pionnier des énergies vertes, il était surtout l’homme de paille de Matteo Messina Denaro, le boss de la mafia sicilienne (lui aussi : mort depuis peu).
Avec l’argent de la Cosa Nostra et un solide réseau de connivences politiques, Nicastri a construit un empire d’éoliennes à travers la péninsule, tout en redistribuant une partie des bénéfices au clan mafieux. Au moment des saisies, la justice italienne a mis la main sur une centaine de villas, 66 comptes bancaires, et pas moins de 43 sociétés opérant dans le secteur de l’énergie éolienne et photovoltaïque. Et quelques grosses voitures, aussi. Même Electrabel, aujourd’hui Engie-Electrabel, s’est retrouvée exposée : une enquête du média Apache a révélé qu’en 2008, l’entreprise avait acquis 90% des actions d’un parc éolien en Sicile… construit et détenu pour le reste par Vito Nicastri.
Si ce scénario a été possible, c’est parce qu’il a poussé sur un terreau fertile : un secteur en croissance rapide, bourré aux subsides publics, fortement dérégulé et difficile à surveiller. L’Italie, comme d’autres pays, a vu dans la transition énergétique la promesse d’un nouvel eldorado ; les organisations criminelles aussi.
Et la Belgique ? Au-delà de la présence criminelle, elle partage avec ces pays plusieurs vulnérabilités : développement rapide, investissements privés, faible transparence des mouvements financiers, multiplication des acteurs, subsides fluctuants, sous-traitance en cascade… Un paquet de failles qui, à défaut d’être considérées comme telles, pourraient ouvrir la porte à des infiltrations similaires.
Cette enquête s’intéresse au marché belge (wallon, surtout) des énergies renouvelables, et plus spécifiquement au secteur de l’éolien, pilier symbolique et stratégique de la transition énergétique. Elle explore les faiblesses structurelles qui rendent ce marché perméable, les signaux qui pointent des risques potentiels, et la manière dont les autorités tentent – ou non – d’y répondre.
Les vents favorables
On repose les bases. Vingt-sept ans après l’installation de la première éolienne en Wallonie, et malgré une croissance en dents de scie, le secteur continue de rapporter gros. Aux propriétaires de terrains exploitables, d’abord. Car dans un contexte de crise climatique et de transition énergétique, les ambitions se multiplient, mais le nombre de terrains disponibles diminue. Conséquence : les prix explosent. Là où les premiers baux se négociaient 2 000 ou 3 000 euros par an pour l’exploitation d’une parcelle, les propriétaires peuvent aujourd’hui espérer jusqu’à 20 000, voire 25 000 euros de la part des développeurs, par an et par éolienne. Un bon placement pour ces derniers, si l’on compte qu’un mât peut rapporter chaque année environ 190 000 euros de bénéfices nets, selon les calculs du magazine Tchak.
Et si les moulins poussent un peu partout, c’est qu’il faut suivre des objectifs, de plus en plus pressants. À l’échelle européenne, le plan REPowerEU, lancé après le début de l’invasion en Ukraine, appelle les Etats membres à accélérer encore le développement des énergies vertes, pour espérer atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, mais aussi pour sévèrement réduire la dépendance du Vieux Continent au gaz russe. Et la Belgique, dont l’énergie consommée provenait pour 13,8% seulement d’énergies renouvelables en 2022 – contre 60% en Suède -, fait figure de mauvais élève.

En réponse, l’ambitieuse Wallonie a fixé ses objectifs pour l’énergie éolienne dans le Pax Eolienica II. Elle espère atteindre une production de 6200 GWh annuels à l’horizon 2030. En 2024, la Région a produit à peu près 3000 GWh. Un cap en mirage, donc, quand on sait que la nouvelle capacité éolienne installée a atteint 100 MW en 2024 pour la quatrième année consécutive, alors qu’il faudrait plus de 150 MW installés annuellement pour répondre aux objectifs (un bond pareil n’a eu lieu qu’en 2010, avec 163 MW de puissance nouvelle installée).
En cause sans doute, la lenteur administrative, mais surtout une farouche opposition, matérialisée en recours quasi systématiques de la part des collectifs anti-éolien, bien structurés et étonnamment bien financés. Selon Edora, la fédération des énergies renouvelables, sur 540 MW de projets soumis à approbation en première instance en 2024, seuls 150 MW ont été validés. Résultat : le délai moyen pour décrocher un permis éolien s’élève aujourd’hui à 7 ans.
Souvent, les associations pro-environnementales ont critiqué la gestion anarchique du développement du secteur. Certaines parlent d’une “politique de l’autruche”. Une cartographie claire des zones de potentiel éolien, telle qu’elle a été imaginée en 2013, puis abandonnée, est érigée en besoin, mais n’a toujours pas vu le jour. Elle devra cependant être publiée par les instances régionales d’ici le mois de juillet, pour répondre à la directive européenne adoptée en ce sens il y a plusieurs mois. À la place, les développeurs évoluent dans un climat de concurrence féroce, où la politique est celle du “premier arrivé, premier servi”.
Le Parlement wallon, lui, a récemment adopté plusieurs propositions pour en finir avec les interminables recours devant le Conseil d’Etat. Parmi celles-ci, l’obligation pour les développeurs d’ouvrir le capital de leurs projets : 25% maximum pour les citoyens, 25% maximum pour les Communes… de quoi espérer atténuer la contestation systématique.
Pourtant, malgré les larges ambitions, le secteur de l’éolien en Wallonie reste marqué par une certaine opacité. Chaque nouveau projet questionne les contours du marché, et les acteurs, nombreux (développeurs, intercommunales, coopératives citoyennes, …), évoluent dans un paysage aux règles changeantes. La complexité du parcours d’un projet éolien, de la prospection foncière au démantèlement des mâts, entre freins citoyens et leviers politiques, accroît la vulnérabilité du secteur. Elle ne fait pas qu’attiser la défiance citoyenne : elle expose le secteur à des risques plus graves.
Du jeu dans les rouages
Les exemples dans d’autres pays ne manquent pas : un tel boom n’est pas sans risque. La croissance soutenue, rapide et désordonnée du secteur crée les failles susceptibles de fragiliser son développement, mais également d’ouvrir la porte à des infiltrations criminelles.
En allant voir l’ailleurs pour comprendre l’ici, cette partie explore les risques associés à trois facettes clés du développement éolien : les montages et mouvements financiers (risques de blanchiment ou de post-blanchiment), les mécanismes de subsides (risques de fraude), et le labyrinthe administratif et politique du trajet d’un projet éolien (risques de corruption et de conflits d’intérêts).
Autant de véhicules que de parcs
Vingt-sept ans toujours après l’installation de la première éolienne, et maintenant que celle-ci a été recyclée (la durée de vie moyenne d’un mât étant de 20 ans), la Région wallonne compte 589 moulins (au 31 décembre 2024), réunis dans pas moins de 154 projets. Et s’il existe un nombre modéré de développeurs aux multiples projets en Wallonie, les parcs éoliens, eux, sont presque chacun hébergés dans des sociétés distinctes. Ces structures, appelées Special Purpose Vehicles (SPV), permettent aux développeurs d’isoler les risques financiers associés à chaque projet, de faciliter leur revente, et de titriser les actifs (autrement dit : de transformer les revenus attendus en produits financiers pouvant être revendus). Et là, une couche de flou. Car autant de sociétés, c’est autant de comptes annuels, d’administrateurs, d’assemblées et de bilans. Par ailleurs, les SPV peuvent être constitués sous plusieurs formes, mais celle qui prévaut dans le secteur reste la Société Anonyme (SA) qui, par définition, garantit l’anonymat de ses actionnaires.
Cette complexité témoigne de la grande expertise financière des acteurs du marché. Car si le développement éolien peut engendrer de jolis bénéfices, il faut admettre qu’il n’est pas un secteur sans risque. La multiplication des facteurs d’incertitude – conditions climatiques, contestation citoyenne, assurances, démantèlement coûteux, … – impose de solides études financières et de faisabilité. Les revenus, eux, dépendent surtout du cours de l’électricité et des subsides qui l’accompagnent.
Face à cela, les SPV sont une bénédiction : ils permettent de compartimenter les risques. Si une société mère prend des décisions financières hasardeuses, son SPV peut continuer d’opérer. Et inversement, la défaillance d’un SPV n’engage pas forcément la responsabilité des actionnaires ou de la maison mère. Pour les investisseurs, c’est une façon de se protéger, mais aussi – par la force des choses – de se rendre moins visibles.
Jean-Claude Delepière, ancien directeur de la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF) – qui lutte contre le blanchiment de capitaux en Belgique, souligne l’opacité des mouvements financiers liés à ces structures : « On crée des petites sociétés locales – et ça se passe comme ça dans la construction, avec les sous-traitants – et puis elles vont être rachetées. […] À partir du moment où c’est dématérialisé, et où vous avez des petites parties, il y a toujours un risque parce que ça se perd et ça peut justifier des transactions qui se perdent. Ce qui m’inquiète le plus avec ce genre de procédés, c’est ‘quand est-ce qu’on fait des contrôles?’… Est-ce qu’on s’en fout ? »
Dans une recherche de 2021, des étudiants de l’Université de Bocconi à Milan se sont intéressés aux stratégies d’infiltration des mafias dans le secteur des énergies renouvelables. Ils expliquent : « Souvent, l’investissement se fait par l’intermédiaire de ‘véhicules d’entreprise’, des sociétés apparemment légales et dont les papiers sont en règle, mais qui sont en réalité un moyen d’obtenir – par des pratiques non transparentes – les droits d’utilisation des terres, les autorisations et les certificats nécessaires, ainsi que la modification des appels d’offres. Ces sociétés vendent ensuite les droits à d’autres entreprises, nationales et internationales, et tirent d’énormes profits de ces échanges. » Toujours selon eux, en Italie, le réseau d’influence politique de ces structures force la connivence avec le crime, qui est perçue comme la seule manière de s’ancrer dans le marché.
En Belgique, les SPV sont souvent vendus, en partie ou en totalité, transférés d’un acteur à l’autre, cédés, parfois vers des structures étrangères. À titre d’exemple, la quasi-totalité des parcs éoliens développés par la société wallonne New Wind sont hébergés dans des SPV distincts. New Wind prospecte, négocie et introduit les demandes. Une fois les permis obtenus, elle laisse la construction et l’opération des parcs à sa société sœur Elawan Energy Wallonie, filiale wallonne de l’opérateur éolien espagnol Elawan Energy, appartenant lui-même majoritairement au groupe financier japonais ORIX. La famille Henriet, à l’origine de la création de New Wind en 2008, avait déjà créé Green Wind en 2002, rachetée en 2007 – avec ses trois parcs éoliens – par EDP Renewables, filiale du groupe énergétique portugais EDP, et concurrent direct d’Elawan Energy. Plus tard, EDPR a revendu Green Wind et ses parcs à Nadara, autre concurrent du secteur.
Ajoutez à cela les holdings, ces structures d’investissement – souvent basées à l’étranger – qui détiennent les titres de certaines sociétés wallonnes ou actives dans la Région, et identifier les grands gagnants de ces montages sophistiqués devient alors assez… sophistiqué.
D’autant que depuis 2022, l’accès public à la base de données UBO (Ultimate Benificial Owners), qui identifie les bénéficiaires finaux des sociétés, a été fortement restreint sur décision de la Cour de Justice de l’Union européenne. Un véritable « frein à la transparence financière », selon les collègues du Monde. Par conséquent, il est devenu d’autant plus difficile pour des journalistes, des chercheurs ou des citoyens de savoir qui se cache réellement derrière certains projets. Le Luxembourg, paradis de beaucoup de sociétés mères et de holdings, a également durci l’accès à ses registres.
Les investissements bancals
Et puis, à l’inverse, l’argent belge finance aussi des projets renouvelables ailleurs, via des investissements bancaires. Et les énergies vertes ont le vent en poupe. À titre d’exemple, BNP Paribas promet que d’ici 2030, 90% de ses financements dans le domaine de l’énergie seront attribués à des projets “bas carbone”. La Banque Européenne d’Investissement (BEI) et BNP se sont récemment associées pour injecter 8 milliards d’euros dans l’éolien européen, en appui du plan RePowerEU. Les banques belges, critiquées pour leur financement de projets fossiles, enchaînent les promesses d’investissements dans des projets durables, en Belgique et à l’étranger.
Michel Claise, membre du GRECO (Groupe d’Etats contre la Corruption) et ancien juge d’instruction spécialisé dans la criminalité en col blanc, affirme que même si les banques se sont données une volonté d’assainissement depuis les années 1990, il y a un manque de rigueur : « Il n’y a pas vraiment de contrôle sur les investissements des banques. Des amendes parfois, oui, mais c’est vraiment exceptionnel. »
L’exemple de la HSH Nordbank, en Allemagne, illustre bien le problème. Cette banque publique, majoritairement détenue par les Länder de Hambourg et du Schleswig-Holstein, a financé à hauteur de 200 millions d’euros un gigantesque parc éolien dans la Calabre italienne. Ce parc, saisi par la justice italienne en 2012, aurait servi à blanchir les revenus du trafic de drogue et du racket du clan mafieux Arena, qui contrôle la région, grâce à un réseau de sociétés en Allemagne, en Italie, en Suisse et à Saint-Marin. Des écoutes ont révélé des contacts entre le clan et des représentants de la banque, même si celle-ci nie toute implication. Ce cas, au milieu d’autres, pose la question de la rigueur de due diligence (les vérifications juridiques, financières et éthiques) dont doivent faire preuve les entreprises et les institutions financières pour, entre autres, protéger l’économie légale.
Et puis, l’on peut se demander pourquoi des organisations voudraient infiltrer un marché qui s’éloigne de leur secteur de prédilection, et quel intérêt économique elles auraient à le faire. À cet égard, il est intéressant de distinguer les procédés de blanchiment d’argent – qui visent à injecter dans l’économie légale des bénéfices obtenus illégalement, pour le rendre utilisable, propre – aux investissements post-blanchiment, qui sont de purs placements de la masse d’argent issue de l’activité illégale, mais blanchi a priori. Michel Claise les distingue ainsi : « La question est : c’est intéressant si ça rapporte. Mais si ça rapporte énormément, ce n’est pas la machine à blanchir en elle-même, c’est l’investissement du blanchiment. »
Et les deux peuvent se superposer. Le parc éolien d’Isola di Capo Rizzuto en Calabre, dans lequel a trempé la HSH Nordbank, avait, selon la justice italienne, servi à blanchir les revenus du trafic de drogue et du racket du clan mafieux Arena. Mais il a aussi permis, comme toutes les infrastructures énergétiques mafieuses en Italie, d’asseoir leur présence dans ces régions, en prenant le contrôle d’importants secteurs (comme cela a pu être le cas avec la gestion des déchets). Ces infiltrations, au-delà de la dimension économique, servent aux clans mafieux à densifier leur réseau de complicités politiques. Jean-Claude Delepière (CTIF) confirme : « En ayant ce pouvoir, on obtient aussi un pouvoir politique sur des régions. On a un réseau qui ne s’arrête pas, et qui part de la base. […] Donc l’enjeu c’est ça : c’est l’infiltration dans l’économie avec la recherche du pouvoir, pour accroître bien sûr le bénéfice financier, mais surtout pour avoir ce pouvoir de décision. »
Le filet d’insécurité
Au début des années 2000, poussés par les ambitions européennes, les pays membres ont rapidement mis en place des mécanismes de soutien pour accélérer la transition vers des sources d’énergie renouvelables et permettre au secteur, émergent, de devenir compétitif face aux énergies fossiles. Certains pays ont opté pour un mécanisme de “tarif de rachat garanti”, garantissant aux producteurs un prix d’achat de leur énergie verte pendant une longue période (parfois jusqu’à 20 ans).
La Belgique, comme l’Italie, a choisi de mettre en place un système de “certificats verts”. La Région wallonne a commencé à l’appliquer dès le 1er janvier 2003. Le système consiste pour l’Etat à attribuer aux producteurs d’énergie un certificat vert – d’une valeur fluctuante mais toujours au dessus du prix garanti minimum de 65 euros – par mégawattheure (MWh) d’électricité verte produit. Ces certificats sont ensuite vendus aux gestionnaires de distribution et aux fournisseurs d’électricité, qui ont l’obligation d’en acheter un certain nombre pour atteindre leurs quotas légaux (sans quoi ils doivent payer une pénalité à l’Etat).
Si l’octroi de ces certificats, qui dépend des conditions de marché (en fonction du prix de l’électricité et du prix de la technologie éolienne), est à zéro depuis 2023 pour les nouveaux projets éoliens (les projets antérieurs à 2023 gardant le régime dans lequel ils étaient), le système a pour longtemps été une précieuse garantie de rente pour les développeurs ; un véritable filet de sécurité. Dans une étude de 2013 sur les liens entre énergies propres et argent sale en Italie, conduite par Transcrime et l’Université Catholique de Milan, les chercheurs affirment que « Habituellement, les incitations des pays de l’UE visent à compenser les coûts de production de l’énergie éolienne. Il n’y a que trois pays où le niveau de soutien est nettement supérieur aux coûts de production : Belgique, Royaume-Uni et Italie. » En cause, selon l’étude : les primes de risques, un marché des certificats verts immature, et une validité inadéquate des certificats.
En 2021, une recherche du média lavoce.info a démontré que l’intérêt grandissant des organisations criminelles italiennes pour le secteur a été renforcé par le généreux mécanisme des certificats verts. Avec pour preuve, le nombre de turbines installées dans les régions où le niveau de crime organisé est élevé, qui a évolué avec le cours des incitations. L’étude montre une augmentation considérable du nombre d’installations dans les régions avec une forte présence criminelle pour la période 2007-2012, la plus généreuse en termes de subventions. Une telle augmentation n’a pas été remarquée dans les régions à faible présence criminelle.
En Wallonie, côté photovoltaïque, la générosité du système a déclenché la formation d’une bulle spéculative au début des années 2010, dont les conséquences se sont répercutées sur les factures des consommateurs et commencent seulement à disparaître cette année. Cette bulle est l’élément majeur qui a conduit à une refonte du mécanisme de soutien en 2014, et à l’arrêt d’octroi de nouveaux certificats verts pour les installations d’énergie solaire de moins de 10 kW.
À côté de cela, certains particuliers et entreprises ont vite repéré les faiblesses du mécanisme. En 2011, l’entreprise Enfinity a falsifié des rapports de validité des panneaux solaires installés sur les toits de l’usine Balta à Audernarde, pour obtenir la tarification des certificats verts de l’année précédente, lorsqu’elle était considérablement plus élevée. Le montant du détournement s’élève à 13 millions d’euros. Le directeur de la société a été condamné à deux ans de prison, dont un an avec sursis.
Fin 2023, la fraude d’un fonctionnaire qui officiait au sein de la division Energie du Service Public de Wallonie (SPW) a été mise au jour. Il est accusé d’avoir détourné entre 100 000 et 150 000 euros de certificats verts, en falsifiant les données pour s’approprier de nombreux certificats et en les revendant ensuite.
Et sous la face visible, à l’échelle d’une région, la somme des fraudes pèse son poids. En 2022, le gestionnaire flamand de réseau de distribution Fluvius estimait à 23 millions d’euros le montant des fraudes énergétiques (certificats verts, certificats d’inspection, prélèvement illégal d’électricité, …) en région flamande. La même année, c’est plus de 9 millions d’euros de subventions qui ont été récupérés.
Ailleurs, de nombreuses fraudes aux certificats de ce type ont été découvertes. Le cas italien des “certificats blancs” (censés soutenir l’efficacité énergétique), falsifiés par des sociétés fictives, et qui a coûté 27 millions d’euros aux autorités italiennes, ou la découverte du “carrousel de la TVA”, duquel ce sont envolés 5 milliards d’euros à l’échelle européenne entre 2008 et 2009 dans la revente de “quotas carbone”, montrent les risques de ces marchés parallèles, complexes et difficiles à réguler, faisant le lit d’infiltrations criminelles.
Le marché des complicités
En Belgique, la corruption ne fait pas grand bruit. Il est presque difficile de savoir comment l’aborder. Elle n’est pas incarnée par d’illustres parrains siciliens, dans cette Italie où la corruption politique locale est clé. Elle n’a pas la visibilité des grandes affaires françaises, ni des petits éclats judiciaires d’élus locaux.
Pourtant, à défaut d’être spectaculaire, la corruption est ici bien réelle, mais sans doute s’exerce-t-elle dans des formes plus discrètes, plus insidieuses. Jean-Claude Delepière (CTIF) le martèle dès les premières minutes de notre échange : « Si vous avez une grande économie criminelle, vous avez le pouvoir de corrompre… y compris l’administration. […] Il est évident que cet argent a un pouvoir corrupteur qui ne connaît aucune limite. »
À ce titre, le port d’Anvers est devenu le symbole d’une corruption privée, discrète, mais dangereusement efficace. Là-bas aussi, les complicités s’achètent pour que la drogue transite. Et la plaque tourne à plein régime. On peut alors se demander pourquoi les méthodes utilisées dans un secteur aussi stratégique et surveillé ne pourraient pas être appliquées à un marché en plein essor, complexe et moins contrôlé.
En Italie, le cas Vito Nicastri est à nouveau éclairant. Le “Seigneur du Vent” a pu bâtir son empire grâce à un important réseau de connivences politiques et entrepreneuriales. À titre d’exemple, en 2019, le secrétaire d’Etat Armando Siri, proche du premier ministre de l’époque Matteo Salvini, a été écarté du gouvernement. Il était soupçonné d’avoir accepté un cadeau de 30 000 euros d’un entrepreneur, Paolo Franco Arata, supposément en affaires avec Vito Nicastri, pour faire adopter des mesures favorables à l’implantation de parcs éoliens. Cet exemple, au milieu d’autres, témoigne de la densité du réseau de complicités qui constitue le terreau d’influence des mafias italiennes. On parle là d’un système où les intérêts économiques, politiques et parfois mafieux se confondent. Avec pour conséquence une mainmise sur le secteur, un quasi-monopole offrant la possibilité aux clans de verrouiller l’accès aux terrains et d’imposer leurs entreprises pour la sous-traitance. Et cette question: de tels systèmes corruptifs peuvent-ils se transposer sur d’autres territoires, à d’autres échelles ?
En France, les associations anti-éolien ont fait de la corruption un important moyen de pression, multipliant les actions en justice contre des élus pour conflit ou prise illégale d’intérêt dans des projets éoliens, et allant jusqu’à rédiger un manuel de 14 pages sur la bonne façon d’intenter des procédures.
Aux Etats-Unis, dès 2008, le New York Times alertait sur les risques de corruption liés à l’essor incontrôlé des projets éoliens dans la région de New York. Le journal y parle d’intimidations, de conflits d’intérêts et de corruption locale dans plusieurs communes rurales, dans un contexte de développement désordonné du secteur.
Et en Belgique… En Belgique, selon nos informations, pas de dossier qui concerne le secteur des énergies renouvelables auprès de l’Office Central pour la Répression de la Corruption (OCRC). « Ce n’est pas la priorité » admet un interlocuteur interne. Hugues Tasiaux, directeur de l’OCRC jusqu’en avril 2025, souligne la difficulté d’identifier de tels phénomènes : « La corruption, sans infos, on ne fait pas grand chose. […] C’est une infraction qui est très difficile à prouver, parce qu’il n’y a jamais intérêt à ce que quelqu’un parle. »
Pourtant, les points de vulnérabilité ne manquent pas dans le marché de l’éolien. Le fonctionnement même du secteur repose sur des interactions discrètes entre acteurs publics et privés : négociations des parcelles auprès des propriétaires et/ou de la commune (qui découlent parfois sur des contrats abusifs, comme le montre une enquête de Tchak), études d’incidences conduites par des bureaux, certes agréés, mais mandatés par les développeurs eux-mêmes, délivrances des permis d’environnement et d’urbanisme par les autorités régionales, enquêtes publiques (qui parfois s’enchevêtrent sur une même commune), recours devant le Conseil d’Etat, … Presque autant de risques que d’étapes donc, dans lesquelles la discrétion administrative, la complexité des dossiers et la multiplication des acteurs ouvrent potentiellement la porte à des formes discrètes d’influence ou de complaisance.
Ces risques structurels posent la question des mesures de contrôle et de prévention mises en place en Belgique. Mieux, elles appellent une réponse ferme des autorités. Mais qu’en est-il réellement ? Les dispositifs sont-ils solides, adaptés, suffisants ?
Remparts et courants d’air
Bon, à première vue, pas de problème à l’horizon : aucun signalement important du côté de la CTIF, pas de dossier ouvert à la Police Fédérale, selon nos informations. Terrain libre où déjà investi ? Et si une entreprise douteuse voulait investir dans l’éolien en Wallonie, qui lui demanderait des comptes ?
Sur le papier, les garde-fous existent, et ils sont nombreux. FSMA, CTIF, OCRC, … autant d’acronymes que de dispositifs. On y reviendra. Mais tout ne se joue pas au cœur du cadre. La vulnérabilité du système belge tient moins à une absence de règles qu’à une dispersion des compétences. Les outils sont là, mais les moyens financiers manquent. Ça, tout le monde s’accorde pour le dire. Et les contrôles, quand ils existent, sont souvent éclatés, cloisonnés, et rarement croisés entre institutions.
Hugues Tasiaux (OCRC) résume : « C’est plus facile de gérer quelque chose de local, dans la mesure où on a un procureur du Roi avec une entité policière, et deux ou trois juges d’instruction, dont un ou deux financiers. Quand on travaille dans une entité supra-arrondissementale, on se retrouve au carrefour de trop de compétents […], et chacun a ses priorités. Quand un dossier arrive, il en chasse un autre. Donc c’est très compliqué. À part jouer à la balle magique et rebondir d’un dossier à l’autre, c’est compliqué de ficeler un dossier de A à Z. »
Pas besoin, donc, de forcer l’illégalité. Le système belge donne la possibilité de se glisser, juste là, dans les interstices de son millefeuille institutionnel.
Sur le papier
En théorie, le réseau d’institutions censées encadrer le développement du secteur éolien en Belgique paraît plutôt bien rodé. Chaque étape d’un projet, de la demande de permis au démantèlement des moulins, est balisée par des autorités et des mécanismes de contrôle.
Les permis uniques (d’environnement et d’urbanisme, pour les projets d’une puissance installée supérieure à 3 MW) sont délivrés par les Régions, en lien avec les communes concernées, et sur base des études d’incidences de bureaux agréés. Des recours pour s’opposer aux décisions sont possibles, devant les ministres compétents ou devant le Conseil d’Etat.
La régulation économique du marché est assurée par la CREG au niveau fédéral, appuyée par la CWAPE en Wallonie. Le SPW (Service Public de Wallonie) Énergie assure l’octroi des certificats verts pour la Région. Les normes techniques sont inscrites dans le cadre de référence éolien, mis à jour en 2024.
Le marché est observé par l’Autorité des Services et Marchés Financiers (FSMA), la Cellule de Traitement des Informations financières (CTIF) traite les signalements suspects, et l’Office Central de Répression de la Corruption (OCRC) enquête, en aval, sur des soupçons de corruption.
À cela s’ajoutent quelques dispositifs juridiques censés renforcer la sécurité du secteur : les sociétés ont l’obligation de déclarer les bénéficiaires effectifs de leurs activités dans le registre UBO (Ultimate Beneficial Owners), bien que celui-ci ne soit plus accessible au public depuis 2022. Les entreprises ont une responsabilité de due diligence – une attention particulière à l’impact négatif sur les droits de l’homme et de l’environnement – sur leurs propres activités et leur chaîne de sous-traitance. Les banques, elles, ont le devoir de signaler tout flux financier suspect aux autorités compétentes… et le nombre de signalements s’envole : en 2023, 63 753 nouvelles affaires ont été communiquées à la CTIF.
À ce titre, Michel Claise pointe la surcharge structurelle qui pèse sur la CTIF : « Tout ça est un foirage complet, nous sommes d’une perméabilité horrible : il y a beaucoup trop de déclarations pour gérer. [Ceux] qui nous gouvernent ont décidé de remettre de nouveau dans la catégorie des infractions visées par le blanchiment la fraude fiscale simple, ce qui permet alors aux banques de noyer véritablement la CTIF. C’est très mauvais, c’est pas pesé… Il n’y a pas de consultation d’experts pour ce genre de décision. » Et là, on sent que la mécanique accroche un peu.
Sur le terrain
En pratique, la complexité architecturale des autorités compétentes, associée à un manque structurel de moyens, peut avoir un effet pervers : que chacun regarde ses pieds, sans véritable coordination.
La Région octroie des permis sans forcément savoir si la CTIF a reçu un signalement sur l’un des investisseurs. Le SPW Energie, en charge des subsides, se concentre sur les chiffres de production, mais ne scrute pas les structures juridiques ou les sous-traitants choisis dans les projets, ni qui bénéficiera in fine des revenus gonflés par les certificats. La CREG surveille les équilibres de marché, sans systématiquement connaître l’origine des fonds qui l’alimentent. Il n’existe pas de cartographie des nombreux SPV qui colorent la Wallonie – ce qui rend difficile l’identification de schémas répétés ou de concentration inquiétante – ni d’obligation d’accès public au choix des sous-traitants.
L’autre souci, c’est que les autorités belges manquent d’anticipation et de prévention des risques. « La problématique que nous avons en Belgique, c’est qu’on est réactifs, on n’est pas proactifs » assène Hugues Tasiaux (OCRC). Il n’y a pas d’analyse de risques pour des marchés émergents, « et c’est tout le problème », continue-t-il. « Quand j’ai repris le service, il y avait un greffier, un analyste stratégique,… et donc il y avait des analyses qui pouvaient se faire. Au CentrEX [centre d’expertise, ndlr], on a remis au milieu de l’échiquier il y a sept – huit mois – un an une analyste qui commence justement à aller voir dans les bases de données, qui va faire une analyse de risques, qui va faire ce qui se faisait dans le temps. Mais c’est de nouveau réinventer l’eau chaude ! » Les plus récentes analyses de risques sectorielles de la CTIF en matière de blanchiment de capitaux, elles, ne s’attardent pas sur le marché des énergies renouvelables.
Problème : le manque de proactivité et de coordination belge n’est pas forcément le même dans le camp d’en face. Jean-Claude Delepière (CTIF) rappelle la capacité d’ingénierie des réseaux criminels : « Ce marché des énergies renouvelables, c’est évidemment une aubaine de plus pour toutes les organisations criminelles – notamment les plus importantes : celles de la drogue – qui ont non seulement des banques, mais qui ont aussi des experts financiers. Et ça on l’oublie souvent : on pense que la drogue c’est des petits gars qui tirent avec des kalachnikovs… non ! Ils ont des bureaux de juristes, des bureaux d’experts internationaux, … »
Les leçons d’ailleurs
Ailleurs, certains pays ont pris le problème à bras-le-corps. En Italie, les stratégies de lutte anti-mafia, de la prévention à la répression, se développent et s’articulent en intégrant la présence mafieuse comme une composante structurelle. En découlent des analyses sectorielles spécifiques, des sections dédiées de la Direzione Investigativa Antimafia (DIA), et des contrôles anti-mafia systématiques (déclaration anti-mafia pour les entreprises voulant accéder à des marchés publics ou des subsides, …). De tels mécanismes n’existent pas sous cette forme en Belgique, et un tel déni de la présence structurelle d’organisations criminelles sur notre territoire peut coûter cher.
Enrico Fontana, responsable de l’Observatoire “Environnement et Légalité” de Legambiente, la plus grande association environnementale apolitique italienne, pointe les trois principaux facteurs de risques dans le développement des énergies renouvelables : le manque de planification et de participation citoyenne, une surveillance inadéquate des sociétés jouant le rôle d’intermédiaires sur le marché (parfois sans réel capital ou technologie adéquate), et la sous-estimation des capacités entrepreneuriales des organisations criminelles de type mafieux.
Selon lui, la première contre-mesure de prévention réside dans la « transparence des processus d’acquisition des marchés pour la construction de tous les types d’installations – de l’éolien au solaire en passant par la biomasse – et dans l’accessibilité des données, pour permettre un contrôle citoyen. » Ce qui, nous l’avons vu, n’est pas la force du système belge.
Enfin, et parce que les réseaux criminels s’activent par-delà les frontières, la lutte contre l’infiltration criminelle s’opère aussi à l’échelle européenne et internationale. Fontana le souligne, le travail de structures comme l’OLAF (Office Européen de Lutte Antifraude) et l’European Procurement Office, qui assure la transparence des marchés à l’échelle européenne, est essentiel.
Le Groupe d’Action Financière (GAFI), qui dirige l’action mondiale contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, évalue les pays sur leur système de lutte contre ces phénomènes. En 2015, le GAFI écrivait ceci dans son évaluation de la Belgique : « Dans le secteur financier, les autorités de contrôle ont identifié en général les principaux risques élevés. La compréhension des risques n’est cependant pas suffisamment continue, du fait de l’insuffisance des contrôles effectués, en particulier les contrôles sur place. » La prochaine évaluation du GAFI est prévue pour octobre 2025.
En ce qui concerne la corruption, en 2024, la Belgique a perdu quatre points sur l’indice de perception de la corruption de Transparency International, avec un score de 69/100, ce qui lui confère la 22ème place sur 180 pays. Dans un rapport publié en mars 2025, l’OCDE souligne quelques avancées législatives en matière de lutte contre la corruption internationale en Belgique, mais pointe le manque structurel de ressources, ainsi que la rareté de poursuites contre des personnes morales, et la légèreté des amendes encourues.
Renforcer ses antidotes
Enrico Fontana (Legambiente) résume en trois mots : « Transparence, participation, contrôle – de la proposition des projets à leur construction – sont trois antidotes à l’infiltration de capitaux illicites, lesquels, avec la corruption, constituent depuis longtemps la porte d’entrée des réseaux criminels dans l’ensemble des pays européens. »
Certes, les risques d’infiltration existent. Le secteur des énergies renouvelables, et son marché de l’éolien, a de quoi attirer les organisations criminelles, et avec elles les risques de blanchiment, de fraude et de corruption.
Mais la Belgique est en mesure de renforcer ses antidotes. La transparence peut se consolider par un meilleur accès aux registres de bénéficiaires, une vision claire sur les acteurs du marché, la levée du voile sur les SPV, ainsi qu’une véritable cartographie wallonne du potentiel éolien.
La participation peut s’accroître par l’obligation d’ouverture du capital des projets aux coopératives et aux communes, laissant moins de place aux investissements indésirables, par une plus grande consultation citoyenne dans le choix des sites, par une meilleure prise en compte de la contestation.
Le contrôle, lui, exige une posture résolument proactive. Les autorités ont les outils, et les gens de grande compétence. Jean-Claude Delepière (CTIF) et Hugues Tasiaux (OCRC) s’accordent pour le dire. Il s’agit, pour le reste, de renforcer les moyens et d’instaurer une collaboration systématique, durable et proactive, à l’échelle régionale, fédérale et européenne.
En attendant, la vigilance reste de mise. « Les mafias ont évolué » alerte Fontana. À mesure que certains secteurs se régulent en Italie, les organisations criminelles déplacent leurs priorités : « Aujourd’hui, leur attention se porte sur la biomasse, les biocarburants et les crédits carbone — en partie parce que, dans les secteurs traditionnels comme l’éolien et le solaire, les angles morts d’il y a vingt ans ont disparu. » Entre les failles persistantes des marchés traditionnels et les nouvelles brèches des secteurs émergents, les organisations criminelles dessinent leur propre cartographie des zones favorables. À la Belgique de tracer la sienne, avec le défi de ne plus subir mais d’anticiper, en éclairant les zones grises de ses énergies vertes ; en affinant sa vigilance, en amont, avant que les brèches ne deviennent des portes ouvertes.